NOTE D’OBSERVATION · 2026
Ce que les organisations perçoivent de leur représentation par les systèmes d’IA
Introduction — une question nouvelle
Depuis des décennies, les organisations construisent leur présence : sites, publications, registres, contenus. Les informations qui les concernent existent aujourd’hui dans une multiplicité d’environnements — les leurs, et ceux qu’elles ne contrôlent pas.
Les systèmes d’IA conversationnels produisent désormais des réponses à partir de ces environnements. Lorsqu’un système est interrogé sur une organisation, il ne consulte pas l’organisation elle-même : il assemble une représentation à partir des informations dont il dispose, puis la restitue. Ce que le système restitue n’est pas l’organisation — c’est une reconstruction, fidèle ou partielle.
Une question nouvelle apparaît alors : comment les organisations sont-elles représentées à travers ces systèmes — et qu’en perçoivent-elles ?
Cette note documente le second volet de cette question : la perception. Elle ne mesure pas ce que les systèmes font ; elle rapporte ce que des organisations en comprennent, en attendent et en craignent aujourd’hui.
1. L’émergence d’un champ d’observation
OMINA n’est pas née d’une étude de marché. Elle est née d’un parcours d’exploration technique. Au terme d’une formation en science des données, sa fondatrice cherchait à construire un projet capable de démontrer ce dont elle était techniquement capable, et s’est d’abord demandé si elle pouvait construire elle-même un système lié aux modèles de langage. En engageant cette exploration, une question plus fondamentale que le projet initial s’est imposée : quels chemins informationnels les systèmes d’intelligence artificielle empruntent-ils pour construire leurs réponses ?
Cette question a conduit à des expérimentations, et les expérimentations à des observations. Certaines ont pris la forme d’anomalies, et certaines anomalies sont devenues des questions plus profondes. L’une d’elles mérite d’être citée pour ce qu’elle dit de la nature du champ : une réponse peut être parfaitement cohérente, précise et convaincante, tout en reposant sur une reconstruction fragile ou erronée. Rien, dans la qualité apparente de la réponse, ne permet nécessairement de le voir.
Une réponse qui semble juste ne suffit donc pas à établir que le système a correctement reconstruit l’organisation.
La question initiale s’est alors déplacée. Il ne s’agissait plus seulement de savoir quels chemins mènent à une réponse, mais de déterminer ce qui peut réellement être observé dans les reconstructions produites, ce que ces observations permettent légitimement d’établir, et comment les interpréter. Chacune de ces étapes a fait apparaître des questions nouvelles, auxquelles l’instrument d’analyse, progressivement affiné, devait permettre de répondre. De ce mouvement est né le cadre de travail d’OMINA — observation, interprétation, gouvernance.
2. Pourquoi des organisations ont été rencontrées
Après avoir observé le phénomène techniquement, OMINA a cherché à comprendre comment les organisations elles-mêmes percevaient cette situation émergente.
Des conversations ont été conduites avec des dirigeants d’organisations actives en Suisse, dans des contextes variés de secteur et de taille. Elles s’appuyaient sur une trame commune de questions, tout en laissant aux interlocuteurs la possibilité de développer librement leurs réponses. Ces échanges distinguaient deux temps : ce que les interlocuteurs exprimaient avant que le cadre d’observation d’OMINA leur soit présenté, puis leurs réactions une fois ce cadre exposé. Les observations qui suivent sont restituées sous forme agrégée ; aucune n’est attribuable à une organisation.
Ces conversations ne constituent ni un échantillon représentatif, ni une validation : elles confrontent un phénomène observé techniquement à la manière dont il est perçu par ceux qu’il concerne.
3. Ce que les conversations font apparaître
La question des sources.
Observé — Une interrogation revient avec insistance, souvent avant même que la question leur soit posée : d’où un système tire-t-il ce qu’il dit d’une organisation ? Par quels chemins ? À partir de quelles sources ? Les interlocuteurs les plus avancés formulent la même question avec plus de précision ; aucun de ceux rencontrés ne disposait d’une réponse.
Interprété — La question des sources est la porte d’entrée naturelle du sujet : avant de vouloir agir, les organisations veulent comprendre d’où viennent les représentations qui les concernent.
Publier n’est pas être compris.
Observé — Plusieurs interlocuteurs fondent leur confiance sur leurs propres efforts de publication : un site clair, une présence entretenue, un historique de visibilité. Cette confiance s’accompagnait rarement d’une vérification de ce qu’un système restitue réellement de leur organisation.
Interprété — Lorsqu’une organisation a passé des années à construire un site clair, à publier des informations et à entretenir sa présence en ligne, il est naturel qu’elle suppose que ces informations seront correctement reprises par les systèmes d’IA. Mais disposer d’informations accessibles ne signifie pas qu’elles seront nécessairement retrouvées, reliées entre elles et reconstruites de la même manière par ces systèmes. Sans observer ce qu’un système restitue réellement, une organisation ne peut pas déduire de la qualité de ce qu’elle publie ce qui en a été reconstruit. Rien, dans ces conversations, ne permettait à quiconque de confirmer ou d’infirmer cette confiance.
L’instinct de correction.
Observé — Face à l’hypothèse d’une représentation inexacte, une même réaction première revient : corriger le système, « lui apprendre », lui signaler l’erreur. Plus rarement, la correction est spontanément orientée vers les sources d’information plutôt que vers le système lui-même.
Interprété — Cette réaction est compréhensible : l’interface conversationnelle donne l’impression de dialoguer avec un système auquel on pourrait simplement signaler une erreur. Mais corriger une réponse n’est pas la même chose que comprendre les informations et les relations à partir desquelles cette réponse a été reconstruite. Lorsque cette distinction est explicitée, la question change : il ne s’agit plus seulement de corriger le système, mais de comprendre ce qui l’a conduit à produire cette représentation.
L’absence de relation directe.
Observé — Aucune organisation rencontrée ne dispose d’un moyen d’observer ce que les systèmes restituent d’elle, ni d’un canal pour y répondre. Les vérifications sont inexistantes, ponctuelles ou artisanales ; les découvertes se font parfois par accident, au détour d’un échange avec un tiers.
Interprété — Cette absence de boucle — ni regard, ni dialogue, ni retour — relie une grande partie des perceptions recueillies : l’incertitude sur les sources, la confiance fondée sur ce qui a été publié et l’instinct de correction.
La confusion d’identité, préoccupation concrète.
Observé — La possibilité qu’un système associe à une organisation des informations concernant une autre entité — homonyme, voisine, plus documentée — est apparue dans les conversations sous plusieurs formes : expérience vécue, crainte formulée, exemple construit, risque évalué puis écarté.
Interprété — De tous les phénomènes du champ, la confusion d’identité est le plus immédiatement intelligible : il se raconte en une phrase et ne demande aucun concept préalable.
Être visible, être compris.
Être visible signifie qu’un système dispose de suffisamment d’éléments pour faire apparaître une organisation : son nom est connu, son site est accessible, des informations la concernant circulent, elle peut être mentionnée dans des réponses. Être compris pose une autre question : lorsque le système parle d’elle, que reconstruit-il réellement ? Décrit-il correctement son activité ? Ses offres et ses services sont-ils restitués fidèlement — et reliés entre eux comme ils le sont dans la réalité ? Sait-il à qui ils s’adressent, ce qui distingue le positionnement de l’organisation, et quelles informations lui appartiennent plutôt qu’à une entité voisine ou portant un nom proche ?
Une organisation peut être visible pour un système et néanmoins mal comprise par lui.
La confusion entre les deux est compréhensible. Les organisations ont appris, depuis des années, à rendre leurs informations disponibles et à se rendre trouvables en ligne. Il est naturel d’en déduire qu’une présence solide — des informations abondantes, accessibles, bien tenues — garantit une compréhension correcte. Mais la disponibilité des informations et leur reconstruction par un système sont deux phénomènes distincts : le second ne découle pas mécaniquement du premier.
Cette distinction n’est pas née des entretiens. Elle a été introduite au cours des conversations par le cadre d’observation d’OMINA. Ce qui a été observé, en revanche, c’est la manière dont elle a été reçue : comprise rapidement, reformulée par les interlocuteurs dans leurs propres termes, elle leur a donné un moyen plus précis de décrire des préoccupations qu’ils exprimaient jusque-là de façon plus diffuse. Une distinction qu’un dirigeant s’approprie en quelques minutes dit quelque chose du phénomène qu’elle nomme.
Être présent dans les environnements informationnels ne suffit donc pas à établir la manière dont une organisation sera reconstruite à partir de ces environnements. C’est cet écart qui rend l’observation nécessaire.
4. Ce que ces observations n’établissent pas
Ces conversations révèlent des perceptions et des questions. Elles n’établissent pas :
— une prévalence statistique : rien ici ne mesure la fréquence de ces perceptions au-delà des organisations rencontrées ;
— des conclusions sectorielles : les différences observées tenaient à la maturité et aux canaux de chaque organisation, non à son secteur ;
— l’efficacité d’une quelconque intervention ;
— et surtout, la manière dont les systèmes d’IA reconstruisent effectivement les organisations : ce n’était pas l’objet de ces conversations. Cette question relève d’un autre niveau d’observation — instrumenté — que conduit OMINA. La présente note porte volontairement sur la perception des organisations, afin de ne pas confondre ce qu’elles pensent des systèmes avec ce que l’observation permet d’établir.
5. Les questions que cela ouvre
L’écart entre ce que les organisations perçoivent et ce que les systèmes font effectivement est précisément le champ qu’OMINA observe. Les questions suivantes en dessinent le programme :
— Comment les systèmes d’IA reconstruisent-ils les organisations ?
— Quels environnements informationnels contribuent à ces reconstructions ?
— Quelle est la stabilité de ces représentations dans le temps ?
— Dans quelle mesure les reconstructions diffèrent-elles d’un système à l’autre ?
— Et quels écarts existent entre la représentation perçue par une organisation et la reconstruction observable dans les systèmes ?
Ces questions ne relèvent plus de la seule conversation : elles appellent une observation instrumentée. Elles orientent les travaux de recherche conduits par OMINA et, lorsqu’elles peuvent être traduites en phénomènes observables avec suffisamment de rigueur, contribuent à l’évolution de son instrument d’analyse.
OMINA — Note d’observation, 2026. Les conversations mentionnées ont été conduites en Suisse en 2026 et sont restituées sous forme agrégée ; aucune observation n’est attribuable à une organisation.